Diviser pour mieux régner ?
Mi-2023 : Marineland a pour objectif de fermer le parc et de se séparer de ses animaux depuis plusieurs années, profitant de la loi de 2021 pour le bien-être animal pour accélérer les choses tout en gardant une image « respectable ». Destinations déjà prévues à l'époque : Loro Parque ou le Japon pour les orques, et la Chine pour les dauphins.
Depuis, la saga Marineland a connu de très nombreux rebondissements, comme un mauvais feuilleton, certes haletant parfois, mais dont la fin semble connue d'avance, et reste l'objectif initial du parc.
Au Tilikum's Spirit, nous nous battrons toujours pour une unique cause : le respect et l'amour des animaux. Ici nous parlons de Wikie, Keijo (s'il vous plait, prononcez correctement son prénom « Keyo »..), Tux, Nala, Sharky, Malou, Dam, Joe, Fox, Beethoven, Aslan, Carolina, Fiona, Maicqua, Poppy, et tous les autres de Marineland. Nous les considérons comme des individus ayant chacun leur caractère et leur personnalité, leur droit à vivre une vie digne et respectée dans ses besoins fondamentaux.
Les études et observations scientifiques ont montré que les baleines et les dauphins (dont font partie les orques) sont des animaux éminemment intelligents qui tissent des liens sociaux très complexes et ont conscience d’eux-mêmes. Ils pratiquent la solidarité, communiquent avec différents « dialectes », semblent avoir des noms, se transmettent des cultures. Au vu de ces caractéristiques, des experts et intellectuels internationaux ont adopté la Déclaration des droits pour les cétacés, le 22 mai 2011 à l’Université d’Helsinki qui a été réitérée à Vancouver le 19 février 2012 en ces termes :
« Les baleines et les dauphins sont si intelligents qu’ils doivent être déclarés comme étant des personnes non humaines et se voir dès lors protégés par une Déclaration des Droits ».
Suite à cette déclaration, en Inde, les dauphins sont officiellement considérés comme des personnes non-humaines depuis 2013.
Mais revenons à notre affaire, retour sur quelques épisodes marquants...
Ce qui nous étonne dans ce branle-bas de combat qui déplace plus d’air que d’efficacité, c’est le rapport entretenu entre les acteurs de cette « guerre » qui devrait pousser à l’union plutôt que diviser. Nous sommes tous censés être là pour la même chose, le bien-être des animaux.
Dans notre volonté de réunir, nous avons toujours fourni volontiers les informations que nous détenons au Gouvernement et aux autres associations, malheureusement parfois sans aucun retour réel de certains des acteurs de cette histoire.
Nous avons donc suivi avec intérêt les rebondissements de cette histoire laissant partir les autres animaux que les cétacés vers des destinations qui n’émeuvent pas grand monde au gouvernement. Quelqu'un pourrait-il nous dire où est maintenant la petite phoque Maicqua, née en juillet dernier, orpheline très rapidement... ?
Pour les Orques, une première destination avait été évoquée, le Japon, mais rapidement et définitivement écartée par la ministre Madame Pannier-Runacher en novembre 2024. Quant aux dauphins, deux sont destinés au Loro Parque et les dix autres à la Chine via un transfert par l’Espagne.
Rappelons que le Loro Parque fait actuellement l'objet d'une plainte qui pourrait enfin mettre en avant la situation de Morgan qui, issue d'une sauvetage et du milieu sauvage, ne devrait ni performer ni se reproduire. Elle va mettre bas dans quelques jours et participe aux spectacles depuis son arrivée au parc (lire l'enquête détaillée de Sciences&Avenir parue le 14/03/2025). Sharky et Malou sont toutes deux issues également du milieu sauvage et ne devraient pas être exploitées selon les termes du règlement CITES. La situation actuelle de Morgan nous montre bien que le Loro Parque n'agit pas en vertu des règlements en place, ce qui devrait alerter le gouvernement quant à la situation future des cétacés destinés à ce parc.
Mais face aux réactions vives suscitées par ces destinations sommes toutes pas très respectueuses du bien-être animal, le gouvernement fait mine de s’intéresser aux sanctuaires. « Enfin ! », aimerions-nous dire mais le scepticisme reste de mise.
Quelques « détails » nous interpellent... comme par exemple le fait que Sea Sheperd visite le sanctuaire de Lipsi en Grèce – totalement bloqué par la législation grecque - pendant que M. Picot, le directeur de Marineland, est reçu au gouvernement. Si la réelle volonté de l’État est de trouver une solution autre que les transferts, pourquoi M.Picot n’est-il pas en visite à Lipsi avec Sea Shepherd et une personne du Gouvernement pour imaginer un autre avenir possible pour ses dauphins ?
D'ailleurs, savez-vous vous que le sanctuaire de Lipsi a été soutenu dans un premier temps par les associations C'est Assez et One Voice, avant de déposer le bilan (cf post Facebook de C'est Assez du 15 mars 2025) ? Que Wikie et Keijo sont toujours sous expertise judiciaire à la demande de l'association One Voice, qui les suit de près ? Pourquoi les autres associations, actrices dans cette histoire, notamment par leur participation à l'AMI du gouvernement en avril dernier, mais aussi par leur présence sur le terrain et sur le sujet depuis plusieurs années, sont-elles tenues à l'écart ?
Par ailleurs, alors que les Orques, cétacés emblématiques du parc, faisaient la une du feuilleton jusqu'en février, elles ont totalement disparu des projets rêvés de sanctuaires... uniquement pour les dauphins.
La France a rappelé des valeurs en terme de bien-être animal via la loi de 2021, nous nous devons de respecter ces valeurs en ne permettant pas à une entreprise privée de renvoyer les cétacés dans des conditions identiques ou pires que celles vécues par les animauxen France.
Concernant les transferts de dauphins, aucun permis ne devrait pouvoir être octroyé pour un delphinarium fermé qui ne servira que de bassin de transit avant un départ vers la Chine. Le gouvernement est au courant de cette réalité et doit en tenir compte pour rester dans le cadre de l'esprit de la loi votée en 2021.
De cet imbroglio ressort un goût amer d'une sorte mascarade... Le Gouvernement veut-il faire bonne figure face à la pression de Marineland qui ne devrait pas en être une ? Après tout, le détenteur de Marineland, le groupe Parques Reunidos, est florissant et a déclaré en 2023 venir en aide au parc si nécessaire dans son activité... Pourquoi ne travailler qu'avec l'association Sea Shepherd dont les animaux captifs et Marineland n'ont jamais été le cœur d'action, contrairement aux autres associations présentes depuis des années ? Pourquoi se voiler en partie la face, notamment sur le sort des Orques, mais aussi des dauphins qui ne pourront, quoi qu'il arrive, pas tous être accueillis dans de potentiels sanctuaires à la réalisation encore bien incertaine ? Et si tout cela n'était qu'un jeu de pantins pour arriver au final à ce que Marineland souhaite depuis toujours, en disant « on a essayé... » ?
Mais la question est bien là ! A-t-on réellement essayé ? La France a la 2e plus grande surface maritime du monde avec 11 millions de km2 de mers et d’océans et 20 000 km de côtes (cf lien). Cette présence et cette puissance maritime constituent un véritable atout pour la France et aussi une grande responsabilité.
Et que veut-on vraiment ? La France, le pays de la Coupe du Monde 1998, des JO 2024... de vrais beaux succès populaires rassemblant la population sous des valeurs de communion, de solidarité, de fraternité ? La France, un pays qui vote une loi pour le bien-être animal et la protection des cétacés captifs, qui interdit leur exploitation à des fins principalement commerciales.
Et si enfin, « Enfin ! », on cherchait une solution réaliste et belle, en accord avec nos valeurs pour les animaux de Marineland ? Pour cela il faudrait sortir du cadre établi, oser rêver « grand », pour le respect et l'amour de Wikie, Keijo, Tux, Sharky, Malou, Fox, et les autres.
Oser dire : pour l'instant, on sanctuarise les bassins de Marineland, on fait les réparations nécessaires pour garder les orques et les dauphins sur place dans de bonnes conditions. Proposons à Marineland de garder simplement cette partie du parc, afin qu'il puisse développer son parc aquatique ludique sur le reste du parc déjà quasiment vide, tout en proposant au public de pouvoir visiter les dauphins et les orques, tellement aimés.
Imaginons en même temps, de façon efficace, réaliste, pragmatique, un sanctuaire marin en France. Pourquoi aller chercher ailleurs alors que nous avons 20000 km de côtes ? De nombreux endroits côtiers pourraient répondre à ce projet. Prenons le temps de faire les choses correctement, intelligemment, de réhabiliter les animaux s'ils le peuvent, sans précipitation. Pour les animaux. Pour les animaux uniquement. Et rêvons de pouvoir accueillir ceux qui connaîtrons inévitablement la fermeture de leur parc en Europe, voire ailleurs, dans les prochaines années. Rêvons grand, vivons les valeurs qui nous animent, et prenons nos responsabilités envers ces cétacés, réellement.
Au Tilikum's Spirit, nous continuerons de nous battre et de nous exprimer dans ce sens. Notre plus grande crainte est de voir ces espoirs anéantis, pas par manque de possibilités réelles mais parce que dès le début, ni Marineland ni Parques Reunidos, mais on le savait, ni finalement les personnes successives et nombreuses en charge de l'affaire au Gouvernement français - qui nous représente - n'auront réellement, fondamentalement ouvert leur Coeur et leur Esprit à Wikie, Keijo, Dam, Maicqua, Poppy, et tous les autres qui ont donné leur vie pour Marineland et le plaisir des humains.
En mémoire de Moana et Inouk.
Le Tilikum's Spirit
